Shainri

Poésie Shainridscf9787.jpg

Pour commencer cette rubrique sur la poésie, quelle meilleure entame que celle d'honorer la femme, toutes les femmes et en particulier, la femme anjouanaise, dans toute la splendeur de sa beauté.

Mais sa beauté intérieure est encore plus resplendissante, car elle rayonne dans les foyers dont elle est le principal pilier, comme elle porte en elle le progrès de la société.

Femme d'Anjouan!

Couleur de nuit et de soleil,

Khôl de velours et de braise,

Le drapé furtif, en mille promesses

De ton corps ouvre le ciel.

Quel est ce parfum, cette ivresse,

Qui enlacent l'océan,

Et des voyageurs ravissent le coeur?

Tu es belle, femme d'Anjouan !

Belle comme la lune, quand

Elle attire le soleil dans ses soieries,

Belle comme la guirlande de jasmin

Qui de ses amants enceint les épaules.

Et ce feu intérieur qui qui gonfle tes voiles,

Dressant le port altier

D'une gazelle gracile au coeur de lionne.

Tu es encore plus belle, femme d'Anjouan,

Quand tu portes le monde,

Quand tu dessines de ton tari,1

Plein de langueur et d'ardeur,

Les contours de cette Anjouan

De nos rêves d'enfant!

Je joins mes lèvres à ce grand rire

Fracassant de bonheur et d'avenir...

1- danse typique des femmes d'Anjouan

(1998)

dscf8995.jpg

Mutsa...

Ma belle, mon amour,

J'aimerais dans ton nid revenir,

Me lover dans ton cocon,

A l'abri du déchirement des orages.

Mutsamudu, je veux dans tes ruelles,

Me perdre, émerger dans les ruines

De mes ancêtres riant,

De nos recherches de trésor,

Dans les gestes sensuels de nos jeux.

Mutsamudu, ville des hommes , le jour,

Bonheur de garçons qui s'enlacent,

Qui cède aux parfums suaves du soir,

Des voiles furtifs de ses déesses.

Mon jasmin, laisse-moi m'énivrer

En ton sein, de tes chants d'orient,

Et trembler au tam-tam du continent,

Je frémis, je frissonne à ton souvenir.

Chaweni, Maskati, Mkiri wa shoni,

Pangahari,1 combien sont ces pères,

Que tu as aimés et chéris,

Les couvant de ton manteau de terre ?

Je veux sur tes terrasses fondre,

Dans la voûte étoilée du firmament,

Et dans mon lit, à la mélopée boire,

De ta force séculaire.


 

(Août 2001)

1- Quartiers de Mutsamudu

Femme d'Anjouan !

Mtrumshe Mdzuani

dscf9788.jpg

Ha hwandrisa mashainri, de hwandrisa na wantrumama, hususwan mtrumshe wa shindzuani, ha hushainsha vanu, uzuru wa fahari wahe.

Lajkini uzuri wahe tsi wa surwa tuu, uzuri wahe wa swifa harmwa malezi ya wana na harmwa mayendreleyo ya yidunia.

 

Mtrumshe Mdzuani

Range ya shidza na jua,

Gwena layini la maha,

Upepo wa shiromani ,

Ubua yimpevo ya mwili waho.

 

Marashi ntrini

De yalevisao zibahari,

Yasibuo na wadjeni ?

 

Wawe mzuri, mtrumshe mdzuani !

Ja umwezi,

Wamokaribisha lijua harmwa yihariri yaho,

Mzuri mauri mwau wa anfu,

Wahuvagisa mhibu waho.

 

Na umoro wa moni uhutrekesao,

Jama laka hafifu

Yendza umo wa simba.

 

Wawe mzuri zayidi, Bweni wa shindzuani,

Wahivahara lidunia,

Wamobadza litari,

La buruda na ushauku,

wa lintrenga la yindzuani,

Za zindzozi za unatsa watru.

 

Nisitsanganyisa malomo yangu,

Harmwa zintseso za furaha na twama...

 

(interprétation mars 2013)

dscf8998.jpg

Mutsa...

Mwemwa, Mhibi wangu,

Nitsovendza nihuregeye,

Nidjivambie ndrani haho,

Nibamie zighadhwabu za zidharuba.

Mutsamudu, nisitsaha nidjilatse

Mavengeleni, ningie nkurani

Mwa zintsetso za wadzade

Wangaliao madzamio

Na malangadzo ya shiwandzani yatru.

Mutsamudu, wantrubaba mtsana,

Na furaha ya wanatsa wasikanao,

Ata yamarashi mazuri ya mauku

Yapepenukuao harmwa ziromani za mabweni.

Anfu ya yiroho, tsileviha

Moni mwa zinyimbo za shianrabu,

Na zingoma za Afrika.

Tsishutruka, tsianshikiha yivo nahunahana.

Shaweni, Maskati, Mkiri wa shoni,

Pangahari, wababa wangavi,

Wawavendza,

Wawavihidza na kandzu ya trove.

Nisitsaha niyeuhe mabanaraju,

Ata mbinguni zapwampa na nyora,

Yili harmwa ulii, nitabasamu ngizi

Ya zinguvu za yiaswilia.

(Interprétation mars 2013)

Mots, beauté et perfidie...

Mots, beauté et perfidie......

J'avais une telle confiance dans la parole

Les mots qui nous rendent humains

Les mots qui rassemblent, bâtissent

La paix et la concorde dans le cœur

Les mots qui capturent la beauté

De l'air, de la mer et de la nature

Les mots bleus qui susurrent l 'amour

Au creux de l'oreille des amants

Les mots qui sont caresses et baisers

Les mots chagrin et de douleur

Enfoncés dans un cri de gorge

Les mots qui font de nous des êtres

De raison, de réalité et de vérité,

Quand ils rassurent les peines

Quand ils gomment les angoisses

Les peurs des lendemains livides

Quand ils créent de nouveaux mondes

De nouveaux horizons d'espoir

Cette parole qui nous sert de refuge

Quand tout nous semble aller mal ;

Mais où est donc passée cette parole ?

Quand elle s’accommode d'illusions

Et refuse la réalité du bien,

Une parole qui vit parce qu'elle est

Parole de défiance et de discorde

Des mots jetés dans l'azur de nos vies

Comme des oiseaux ivres d'eux-mêmes

Comme un vent fou, hagard et effronté

Qui fouette les certitudes de la réalité

Des maux de trahison et de perfidie

Comment alors repenser nos existences

Sans l'action bienfaitrice de la parole ?

 

Kamaroudine

 

 

KWASA-KWASA MES FRERES !


dscf8978.jpg

KWASA-KWASA MES FRERES !

  L'océan Indien vient encore de frapper, en engloutissant son lot de vies humaines, par 3 fois, en l'espace de quelques jours, comme dans un sacrifice rituel qui emporte les vies innocentes d'hommes, de femmes et d'enfants dont le seul crime est de nourrir l'espoir d'une nouvelle vie.

  Mais le bourreau n'est pas seulement le vaste océan dans sa fureur indifférente, il s'agit aussi de l'océan des égoïsmes, des injustices, l'océan ou plutôt, l'abîme d'inhumanité qui ignore ou déconsidère la vie humaine quand elle est issue de la pauvreté ou de pays invisibles comme le nôtre.

  Cette bonne conscience qui considère qu'une vie unique peut provoquer un tintamarre d'émotions et scandales pour les médias, les gouvernants et les instances internationales, comme nous le montre l'actualité quotidienne du monde, alors qu'une véritable tragédie sans cesse renouvelée, un hécatombe humain, économique et social se déroule à notre époque, dans l'indifférence totale, des soit-disantes démocraties, des démocrates et humanistes du monde.

 Ce poème "Kwasa-Kwasa, mes frères" érit en 1998 est malheureusement plus que jamais d'actualité.


Kwasa-Kwasa1 mes frères

Toutes les nuits,ils embarquaient sur leurs rêves

D'un paradis perdu conquérir les rives,

Piroguiers maudits au destin hagard,

Blottis au creux des djinns sournois et criards.


Du Ntringui au Choungui,2 le ressac lugubre,

Sur leur flanc battant un tam-tam sinistre,

Frêles et livides dévalant des tonnes de furie,

Vers les abîmes des secrets ensevelis.


Et tandis qu'au rivage, bêtes en cavale

Traquées, avilies par des âmes charitables,

Là-bas déjà le rôt souverain de l'océan,

Superbe et vengeur repu de notre néant.


Et toi pauvre mère à peine sortie des langes,

Aus eaux pour survivre, sacrifiant un ange,

Combien de vies pourras-tu pleurer,

Pour expier cette abomination de l'univers ?


Que n'éclate le ciel ! Que n'éclate la mer!

Et surgisse d'écailles bardée, l'Armée

Vêtue d'algues, les moignons accusateurs

De ce monde bienheureux des profiteurs.

(1998)

1- Barques de pêche utilisées pour la traversée Anjouan-Mayotte

2- Chaînes de montagnes dominant respectivement Anjouan et Mayotte

  


dscf8938-1.jpg


KWASA-KWASA MES FRERES!

   Yibaharil Hindi yisilagulwa ,maana yiruliha tsena roho zangina, harmwa mara ntraru, harmwa suku shashi, mauri tasadaki yitolwao ya wantrubaba, wantrumama na wana , laudjeli likosa lao tuu de yivo walio na twama ya maesha mema.

 Falakin, bahari tside katili tuu harmwa zighadhwabu zayo, vwa makatili yangina ne de wantru wa nafsia, wendza udhuluma, wala roho ya shiubinadamu.

 Wantru yikao amba hao roho ya maskini au yalawa ntsi maskini yio tsi roho.

 Wantru yikao amba roho moja ujua yivandzisa magazeti, zisirikali na yidunia kamili, nahika mtru wao, mauri de rizonao, kila suku, badala ya likafa la wanadamu lihidjirio harmwa yibaharil Hindi, matsoni mwa lidunia kamili, na wao waniao zihaki za shibinadamu.

 Lishainri lini la "Kwasa-Kwasa" ata djeli tsilangiha 1998, la mauri langihwa leo.



Kwasa-Kwasa, wananyangu !

Kila suku, upashia ndzozi zao,

Za huzunguha mpevo kawasinayo,

Harmwa ngawa zalaaniwa kazina meso

Zavahariwa na nkeme za madjini yapeu.


Ntringi ata Chungi,maluja ya mswiba

Yaremao ngoma ya tranga

yahedzao milima ya ghadwabu

Yibuao zilindrini za siri zarora.


Ata tsandzaleni, uri zinyama nyeha

Waroswa mbio na hudhiliwa na maislamu,

Na wakati ule, Bahari yiibindrua,

Yikinaya na hudjihodji na zimayiti zangina.


Basi wawe, mama wa udzadeni,

Warotsa malayika yili uenshi,

Maesha mangavi ya hulia,

Yile upare toba ya ukatili waho ?


Nazifusihe zimbingu! Nayifusihe yibahari!

Lihime lidjayishi la wafu lavindzwa na mamba,

Na malavu,mabundru ya mindru na mihono,

Usoni mwa lidunia la furaha na udhuluma.


(Traduction Mars 2013)


Je suis Anjouanais....

imag0307-copie-copie-copie.jpg


Je suis Anjouanais...

Je le crierais très fort

Sur la pointe des minarets

Sur la crête des vagues

Qui m'engloutissent sans merci

Je le crierais très fort

Aux vents mauvais

Qui emportent

Mon esquif sans recours

Je le crierais très fort

A ceux qui me lancent des pierres

A ceux qui m'aspergent de crachats

A ceux qui me déshabillent

De ma dignité et de ma fierté

Je le crierais très fort

A ceux qui m'aiment si fort

Au point de m'étrangler

Au point de me garder ma liberté

Je le crierais très fort

Sur les monts et vallées

De mon existence enclavée

Je le crierais du fond du cachot

De mes nuits sans lune

Sans étoiles ni berger

je le crierais très fort

Même si en arc-en-ciel

Ma langue était étirée sans fin

Même si du cyclope arraché

Mon oeil était pendu comme l'astre

Brûlant sur la souffrance

Eternelle de l'humanité

Même si j'étais du monde

La lie, le rebut, le mal aimé

je le crierais encore et encore

Avec une fierté sereine

Pérenne et obstinée

Je le crierais à en troubler le ciel...

Je suis Anjouanais.

(Décembre 2001)

 

dscf8999.jpg

Wami mdzuani !!!

Nitsoshemeledza

Uju mwa yiminara,

Nitsoshemeledza

Uju mwa yamaluja

Yanirulihao bila amani,

Nitsoshemeledza

Harmwa zimpevo mbovu,

Zarenga lidjahazi langu,

Nitsoshemeledza

Usoni mwa wanivutsiao mawe,

Usoni mwa wanitrao mare,

Usoni mwa wanitsuwao

Ungwanana na untru wangu,

Nitsoshemeledza

Usoni mwa wao wanivendzao

Ata hunisinya umiyo,

Ata hunivosheya nafasi zangu,

Nitsoshemeledza

Harmwa milima na mabara,

Harmwa maesha ya kujuni,

Niitsoshemeledza moni mwa yishiva

Sha mauku ya shidza,

Kayana nyora wala mtsunga,

Nitsoshemeledza,

Atadjeli jama mziakamba,

Ulimi wangu uka uvurwa,

Ata djeli Jama djini kutra,

Lidzitso lirururmulwa

Mauri jua la moro la maondo

yakuntrao dunia kaamili,

Laudjeli, duniani, tsika

De mdwalilifu, de mvungufu, de mlaanifu,

Nitsoshemeledza tsena na tsena,

Ha umakini na ungwana,

Na bidia ya mkatwa, 

Nitsoshemeledza ha huvandzisa zimbingu:

Wami mdzuani....

(Traduction mars 2013)

La liberté ou les fers ?

La liberté ou les fers ?

 

O combien de chefs et de présidents

Ont jadis incarné le sacrifice du sang,

Du monstre arraché la liberté et l'avenir

Pour finir par confisquer la liberté et l'avenir ?

Combien de dignes enfants parvenus au faîte,

En ont oublié jusqu'aux raisons de leur révolte ?

La recherche de la grandeur est humaine

Comme la déchéance aussi soudaine,

Quand l'histoire décide de solder les comptes,

Et que ni gloire ni pouvoir ne subsistent,

Car plus haute est l'ascension de l’infamie,

Plus basse est la chute de l'ignominie.

A vouloir se prendre pour le créateur

On finit par devenir l'exterminateur.

Et les noms résonnent comme des bombes

Dans la mémoire des déceptions outre-tombe.

Amin Dada, Mugabe, Mobutu, Kabila, Bongo...

De l'Uganda à la Namibie, de l'Angola au Congo,

Une litanie de farces et de tragédies macabres

Qui ont condamné la richesse à la misère,

Et les espoirs des peuples au grand désespoir,

Car leurs oreilles et leurs cœurs sont morts

Et n'entendent plus les pleurs des chaumières,

Car en violant la liberté, ils violent la parole

Et pour eux ne restent que les oiseaux et ruisseaux

Pour chanter les louanges du plus grand et plus beau.

La bouche qui crache sur les promesses,

Est une main capable des pires supplices.

Et pourtant Mandela n'a pas cédé à la tentation,

D'un pouvoir sans partage et sans convictions,

Lui qui a choisi de servir sans se servir de l'espoir

Et qui a vaincu comme il a vécu dans la gloire

Puis est parti pour habiter des hommes la mémoire.

Car il savait que de la terre, le bien suprême,

N'est ni gloire ni pouvoir mais grandeur d'âme

Et il n'est de sagesse que celle commune à tous,

Comme la pensée unique conduit au précipice.

Car si un homme impose son existence aux autres,

Il ne peut certes imposer sa mort à leur mémoire.

 

 

 

Jours de peine …...

 

La pluie pleure sur ma ville,

Elle trotte, court, galope

Et les larmes ruissellent sur les tresses

Des cases et tôles transis.

La pluie pleure dans les ruelles,

A grosses gouttes de sanglots,

Sur des torrents de déchets et de désespoir,

Et s'abîme dans l'océan hagard.

La pluie se fracasse dans le tintamarre

Des tam-tams du ciel qui se déchire,

Et le tourment de notre âme qui soupire,

La pluie pleure dans nos cœurs.

Pourquoi les hommes ne crient-ils pas,

Alors qu'ils sont si mal dans leur être ?

Pourquoi les hommes ne crient-ils pas,

Alors que la pluie saigne tant leur espoir ?

 

Kamaroudine

Mutsamudu, 4 mars 2018

 

 

 

Ajouter un commentaire

Anti-spam